
Lire le début…
Fuir les matraques.
C’était devenu son quotidien pendant la Révolte. Il esquivait les coups qui fusaient contre ses tibias, son dos, parfois même sa tête. Chaque fuite affûtait un peu plus son instinct de survie. Il avait appris à ne jamais se faire prendre. Jusqu’à ce jour maudit qu’il préférait noyer dans l’oubli. Une fois de plus, il avait cru que le danger le contournerait.
Mais il s’était fait rattraper.
Salement.
Après les matraques, le ton s’était durci : les coups répétés étaient devenus légion, les armes, mortelles. Lors de cette dernière année de Révolte, c’était feu à volonté des deux côtés. Rien ne les arrêtait, ni la clémence, ni la peur.
Il avait reçu une balle dans la cuisse. Enfin, pas vraiment. Elle l’avait seulement effleuré, laissant pour souvenir une traînée de chair irrégulière. Immobilisé sur le champ, il était tombé, terrassé par une douleur sourde. Le bruit environnant s’était évaporé, ne laissant que l’écho des cris triomphants des Miliciens, leurs visages déformés par la fierté d’un butin qu’ils considéraient comme le plus gros gibier jamais pris.
Mais même après ça, il avait encore réussi à s’échapper. Le corps en miettes, les poumons en feu, il s’était extirpé du piège.
Jusqu’à… ce qu’elle le trahisse.
Et qu’il se fasse cueillir, cette fois, sans un bruit.
Il s’était réveillé dans le brouillard. Le béton terne avait remplacé le goudron fumant. Une odeur d’humidité, mêlée au désespoir, lui rongeait les narines. Il était à présent détenu dans cet endroit redouté des dissidents, une bâtisse lugubre aux allures de monstre : la tour Néoka, autrement dit Néo Cayenne.
Trois ans.

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— Il a raison. Y’en a marre d’être des Égarés !
La phrase claqua telle une cartouche.
Tout était allé trop vite. Il n’avait rien dit. Rien formulé. Néri attendait un vœu… et lui, il l’avait oubliée. Et si elle ne revenait jamais ? Il ne savait plus ce qu’il craignait le plus : sa disparition… ou sa présence.
Gio, malgré le danger, esquissa un sourire confiant.
Tandis qu’il courait, l’eau à leurs trousses, une seule idée cognait dans son crâne : il n’était plus cet homme brisé des premiers jours.
Il avait retrouvé un nom.
Une lignée.
Un but.
Le Miroir lui avait montré la voie.
Il n’était pas un survivant, il était un Héritier.
Ce monde, il n’en avait pas fini avec lui.
Et cette fois, ce serait selon ses conditions.
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Un verrou claqua net.
Vince se retourna, paniqué.
— Il nous a enfermés !
— Mais pourquoi il ferait ça ? sanglota Becky. Il est cool, normalement !
— Fait chier, merde, fit Eden, à moitié paniqué, en secouant le verrou pour le faire céder.
— Bon ben… vas-y Nitro, fais tout péter, comme là-haut ! lança Vince.
— Impossible, répondit-il en faisant glisser sa main le long de la porte, ce bordel est inviolable. Je peux faire péter le stock entier de munitions, ça ne bougera pas d’un centimètre.
— Ce p’tit connard là, qui sait quelle merde il va nous attirer encore, fit Eden entre ses dents.
Tout à coup, un grattement monta du fond de la pièce, moins éclairé. Un amas de cartons, de plastiques, se tenait là, comme s’il n’y avait plus assez de place dans les poubelles. Puis, ils entendirent un râle.
Nitro s’immobilisa.
— C’était quoi, ça ?
— Un chien ? Un robot ? Je veux pas savoir, je veux pas savoir… balbutia Vince en se bouchant les oreilles.
Les cartons se mirent à bouger, on aurait dit qu’ils étaient pris dans une tempête de remous et une silhouette surgit tout à coup sous les ampoules malades, tel un diable sortant de sa boîte. Ils reculèrent d’un même mouvement, les yeux écarquillés.
— Tu disais quoi, Babyface ? Qu’on était dans la merde ? lâcha Nitro.
— Balance tes prunes, Nitro, merde ! paniqua Vince, halluciné.
Face à eux, ce n’était plus vraiment un homme qui se tenait.
Les yeux injectés de sang roulaient dans leurs orbites au point d’être presque tout blancs, la peau luisait d’une sueur grasse, par endroits cloquée. Des filaments de salive pendaient de ses lèvres et s’écrasèrent au sol dans un bruit de flaque. Sa respiration râpeuse empestait l’haleine rance et la viande avariée.
La chaleur moite quasi pourrie de son corps semblait se répandre dans l’air autour d’eux soulevant les cœurs.
Un grognement guttural fendit le silence pétrifié du groupe. Puis, comme s’il les voyait enfin, il chargea d’un coup.
Nitro, d’instinct, balança une grenade.
— Putain non… pas ça ! beugla-t-il.
— Quoi ? Quoi ?! fit Vince en le secouant vivement par les épaules.
— J’ai plus que des aveuglantes !
— Quoi ?! firent Eden et Vince d’une même voix.
Tandis que les trois hommes étaient dans un moment de panique intense et urgent, Becky balançait sur la créature tout ce qu’elle trouvait : fournitures de bureau, lampe, petit mobilier. Cela la ralentit un peu lorsque les projectiles arrivaient à destination de sa tête.
Les trois la toisèrent une seconde, bloqués par l’absurdité du geste.
Mais Eden en profita pour passer à l’action instantanément, il abattit la créature d’une balle nette, rechargea son arme, en pilote automatique. D’autres râles s’approchaient, même créatures et odeurs immondes émergeaient de sous les cartons.


